Le masque refuse ce monde
26 novembre 2025
Dans cette nouvelle série, je poursuis mon investigation au long cours sur les fractures du moi en introduisant une figure masquée dont l’immobilité de porcelaine devient un lieu de résistance.
Le masque — rigide, fragile, et délibérément inanimé — interrompt l’obsession occidentale pour le visage expressif.
Il rejette la faim algorithmique d’une identité lisible, d’émotions soigneusement catégorisées, de la circulation incessante des « moi » qu’exigent les plateformes contemporaines.
S’appuyant sur l’héritage critique des poupées déconstruites de Hans Bellmer et des stratégies de déguisement d’Annette Messager, je positionne le masque non comme dissimulation mais comme refus.
Ces figures ne « performent » pas pour le spectateur. Elles retiennent. Elles fracturent.
Elles confrontent la violence d’une culture qui a remplacé l’empathie par la réplication, l’individualité par des personas standardisées, et l’intimité par la froide efficacité des métriques sociales.
Mes recherches sur l’identité, le trauma, l’anorexie et la politique du regard résonnent tout au long de l’œuvre : les corps, allongés ou rigides, se tiennent au seuil entre vulnérabilité et effacement.
Ils rappellent comment les économies contemporaines de l’image clonent les visages, les comportements et les désirs, produisant un monde où la conformité est récompensée et la complexité punie. Ici, le masque devient un contre-geste — un bouclier contre l’exigence algorithmique d’être lisible, désirable, « engageable. »
Mon imagerie pointe vers une condition post-humaine dans laquelle le corps devient un territoire contesté.
Les fonds floraux, les textures de papier déchiré et les ruines mises en scène évoquent l’effondrement de la domesticité et la dissolution de la mémoire.
Ces scènes font écho à une société qui a normalisé le détachement émotionnel, où le matérialisme fonctionne comme anesthésique et l’empathie devient la denrée la plus rare.
Ce qui émerge est un langage visuel sans compromis : subversif, tendre et farouchement intelligent. Je refuse le sentimental.
J’offre à la place une quietude radicale — une identité opaque que la société ne peut décoder, marchandiser ou consommer.
L’œuvre insiste sur le droit à l’opacité, à la complexité, à être intraduisible dans une culture accro à la ressemblance.