L’émergence récente des images générées par intelligence artificielle transforme profondément les conditions de production du visible. Ces systèmes produisent des images à partir de vastes ensembles de données visuelles, introduisant de nouvelles formes de construction de l’image.
Dans la recherche d’Alice Odilon, ces technologies sont abordées comme un terrain d’investigation critique. L’image algorithmique révèle les logiques de calcul et d’archive qui sous-tendent les nouvelles formes de visualité.
Les textes réunis dans cet axe examinent les implications esthétiques et conceptuelles de ces transformations. Ils interrogent la manière dont les images générées par algorithme modifient notre compréhension de l’auteur, de l’archive et de la mémoire visuelle.
Cette recherche propose ainsi une archéologie du visible à l’ère des systèmes computationnels.
La violence de la réparation par l’IA
10 Avril 2026
L’irrésolu n’est pas une erreur de l’image — il est ce qui échappe à sa gouvernance.
Si l’histoire de la photographie est indissociable de la perte, c’est parce que l’image photographique n’a jamais garanti l’intégrité de ce qu’elle rendait visible. Flou, grain, surexposition et absence ne sont pas de simples limites techniques, mais des conditions d’apparition.
La photographie ne résout pas le monde ; elle en enregistre l’instabilité.
Ce qui apparaît dans le cadre peut se retirer, se fragmenter ou demeurer indéterminé. Cette indétermination n’est pas un échec du médium, mais sa force épistémologique : l’image maintient ouverte la possibilité que ce qui est vu ne puisse être entièrement connu.
Les systèmes contemporains d’imagerie computationnelle opèrent selon une logique inverse.
Plutôt que d’enregistrer les contingences du visible, ils les anticipent et les corrigent. Les données manquantes sont inférées, les surfaces altérées reconstruites, et le bruit visuel supprimé.
L’image n’est plus la trace d’une rencontre, mais le produit d’une prédiction.
Dans ce régime, l’incertitude n’est pas préservée — elle est éliminée.
Ce que l’on nomme amélioration, restauration ou génération doit être reconsidéré. Ces opérations n’améliorent pas simplement l’image ; elles imposent une norme de cohérence visuelle.
L’algorithme ne demande pas ce qui est là, mais ce qui devrait être là.
Le résultat n’est pas une image qui révèle davantage, mais une image qui dévie moins.
En ce sens, la réparation n’est pas une opération technique neutre. C’est une forme de gouvernement.
Réparer une image revient à imposer un horizon d’acceptabilité.
L’irrésolu, l’excessif et l’indéterminé sont traités comme des erreurs.